Vulgariser en anglais : adapter un contenu scientifique à un public international

Ce qui change quand le lecteur est un investisseur américain, un partenaire allemand ou un clinicien indien.

Par Benoit Martin, co-fondateur de DigiObs5 septembre 20264 min de lecture

La plupart des biotechs, medtechs et deeptechs françaises vendent, lèvent des fonds ou publient en anglais. Beaucoup traduisent leurs contenus, peu les adaptent. Or un texte de vulgarisation scientifique traduit mot à mot garde la structure de la phrase française, ses nominalisations et ses précautions, et perd l'essentiel : la lisibilité.

Cet article rassemble ce que nous appliquons lorsque nous adaptons un contenu scientifique pour un public international, du site web au dossier investisseurs.

Sommaire
  1. Traduire n'est pas adapter
  2. Les règles du plain English appliquées à la science
  3. Chiffres, unités et conventions
  4. Vocabulaire réglementaire et médical
  5. Le ton : la preuve avant l'adjectif
  6. La relecture qui compte
  7. Liste de contrôle avant publication
  8. Pour aller plus loin

Traduire n'est pas adapter

Une traduction restitue le sens ; une adaptation reconstruit le texte pour un lecteur qui n'a ni le même contexte, ni les mêmes attentes. Le lecteur anglophone d'un contenu scientifique d'entreprise attend une affirmation, une preuve, puis le détail. Le texte français commence souvent par le contexte, développe la méthode et conclut. Inverser l'ordre est la première opération, avant toute question de vocabulaire.

Deuxième différence : la longueur. À contenu égal, un texte anglais bien écrit fait 15 à 25 % de mots en moins que sa version française. Si votre traduction est aussi longue que l'original, elle n'a probablement pas été adaptée.

Les règles du plain English appliquées à la science

Le plain English n'est pas un anglais appauvri, c'est un anglais direct. Il s'applique très bien à un contenu scientifique, à condition de garder les termes techniques exacts et de simplifier tout le reste.

  • Une idée par phrase, vingt mots en moyenne, et un verbe d'action plutôt qu'une nominalisation (« we measured » plutôt que « the measurement was performed »).
  • La voix active par défaut ; la voix passive reste réservée aux protocoles où l'agent n'a pas d'importance.
  • Le terme technique exact, une seule fois défini, puis réutilisé sans synonyme : en anglais scientifique, la variation lexicale est lue comme une imprécision.
  • Les connecteurs français (« en effet », « par ailleurs », « il convient de ») disparaissent ; l'enchaînement logique passe par l'ordre des phrases.
  • Les adjectifs d'intensité (« innovant », « révolutionnaire ») sont remplacés par la donnée qui les justifie.

Chiffres, unités et conventions

C'est la source d'erreurs la plus fréquente, et la plus visible pour un lecteur scientifique. Le séparateur décimal devient un point, le séparateur de milliers une virgule ou une espace fine selon la charte. « Milliard » se traduit par « billion », et « billion » français par « trillion ». Les dates s'écrivent en toutes lettres pour éviter toute ambiguïté entre formats américain et britannique.

Les unités du Système international se conservent, mais on vérifie les usages du domaine : les températures, les volumes et certaines concentrations s'expriment différemment selon les pays et selon les revues. Enfin, on distingue toujours les pourcentages des points de pourcentage, et l'on précise la base de calcul dès qu'un chiffre relatif apparaît.

Vocabulaire réglementaire et médical

Un contenu santé ou medtech doit parler le vocabulaire de l'autorité de son lecteur. Une demande d'autorisation d'essai clinique s'appelle CTA dans l'Union européenne et IND aux États-Unis ; un dispositif médical est marqué CE en Europe et passe par un 510(k) ou une PMA auprès de la FDA. Utiliser le mauvais terme signale immédiatement que le texte n'a pas été écrit pour ce marché.

Les phases d'essais, les critères d'évaluation et les indications se disent avec des termes normalisés ; c'est un cas où la traduction littérale d'un terme français peut être fausse. La relecture par une personne qui connaît la réglementation du marché visé est indispensable.

Le ton : la preuve avant l'adjectif

Les lecteurs anglophones, en particulier nord-américains, sont habitués à des textes d'entreprise affirmatifs. Mais dans les secteurs scientifiques, l'affirmation sans preuve se retourne contre l'auteur. La règle que nous appliquons : chaque affirmation forte est suivie, dans la même phrase ou la suivante, de la donnée, de la publication ou du résultat qui la soutient. Le texte reste confiant, mais chaque phrase est défendable.

À l'inverse, les précautions oratoires françaises (« il semblerait que », « pourrait potentiellement ») affaiblissent un texte anglais au-delà de ce que la science impose. On garde l'incertitude réelle, exprimée une fois et précisément, et l'on supprime l'incertitude de politesse.

La relecture qui compte

Une relecture par un locuteur natif est nécessaire, mais insuffisante si cette personne ne connaît pas le domaine. La bonne configuration associe deux relecteurs : un scientifique du domaine, qui vérifie que la simplification ne trahit rien, et un rédacteur anglophone, qui vérifie la fluidité. Quand une seule personne réunit les deux compétences, c'est un atout rare qu'il faut garder.

Enfin, testez le texte sur un lecteur cible réel avant de le publier : un investisseur, un clinicien ou un partenaire du pays visé. Une question posée à la lecture vaut mieux qu'une correction après publication.

Liste de contrôle avant publication

  • L'ordre affirmation, preuve, détail est respecté dans chaque section.
  • Le texte anglais est plus court que le français d'au moins 15 %.
  • Chaque terme technique est défini une fois et réutilisé à l'identique.
  • Chiffres, unités, dates et pourcentages ont été vérifiés selon les conventions du marché visé.
  • Le vocabulaire réglementaire correspond à l'autorité du lecteur.
  • Chaque affirmation forte est suivie de sa preuve.
  • Le texte a été relu par un scientifique du domaine et par un rédacteur anglophone.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Faut-il rédiger directement en anglais ou traduire depuis le français ?

Quand l'auteur maîtrise l'anglais scientifique, rédiger directement donne un texte plus court et mieux structuré. Sinon, on rédige en français un texte déjà organisé selon l'ordre affirmation, preuve, détail, puis on l'adapte plutôt que de le traduire.

Pour un document réglementaire, oui, à condition qu'il soit spécialisé. Pour un contenu de vulgarisation destiné au site, aux investisseurs ou aux réseaux, il faut en plus un travail d'adaptation éditoriale et une relecture scientifique.

Celui du marché principal visé, appliqué de façon cohérente sur tout le site. Pour un public mixte, l'anglais américain est le plus courant dans les biotechs et les medtechs, mais le choix compte moins que la cohérence.

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